ART et TERRITOIRES

TOUT VA DISPARAÎTRE (2x11')
CAFÉ DE L'UNION (4')

2108
Installation sonore de 20 minutes spatialisée sur dix enceintes. Mixage son : Blandine Tourneux
2108 n’est pas seulement une date, à l’aube de laquelle les habitants de la Zone de l’Union imagineraient leurs projections « futuristes ». Imagination et futur restent ici pourtant de mise. De la robotisation du quotidien, la saturation ou la clôture de l’espace urbain, et même jusqu’à l’extinction de l’espèce humaine, certains scénarios envisagent le pire, comme pour en exorciser la menace. Pour d’autres, la civilisation de l’excès laisse place à la civilisation du progrès, où la technologie veut bien se mettre au service du plus grand nombre et de son bien-être. Dans tous les cas, l’imagination n’est jamais un simple égarement hasardeux dans les limbes de l’esprit, c’est une action de l’esprit sur le langage pour donner figure à l’inconnu. Le futur, lui, n’est pas le temps indicible des présages et des anticipations. C’est le déplacement du témoignage dans une lutte contre l’amnésie et la transformation du présent en préhistoire : il ne s’agit pas seulement de comment ce sera mais aussi de quoi serons-nous en mesure de nous souvenir ? L’histoire dominante, avec ses ruptures et ses rouages logiques, est ébranlée par le retournement d’un temps à l’intérieur d’un autre ; ébranlée par le pouvoir utopique du mot qui ouvre un ailleurs au langage pourtant en prise totale avec le réel. Dans l’installation sonore présentée ici, la parole nous est donnée à recomposer dans la déambulation. Elle traverse les couloirs de ses propres modulations, ses non-dits, ses redoublements, les signes d’hésitation, d’entrain, etc. Les voix qui s’échappent in situ de ces corps absents rythment notre propre corps qui se déplace, avec eux, dans l’espace. 2108 est donc d’abord ce lieu d’inscription de chaque parole, pensé par l’artiste dans le continuum des supports qui peut en découler, depuis le dictaphone jusqu’à l’espace de conservation ou d’« exposition ». Chaque banc de l’installation sur lequel on prend place symbolise une escale possible dans cette mémoire en mouvement. Car la parole ne se conserve pas réellement, elle s’archive et se réactive, avec une résonance toujours nouvelle. C’est de sa potentielle persistance et pertinence dans le temps que nous parle Élise Leclercq. 2108 dépasse finalement son horizon fictif, en définissant l’archive par sa destination future – que pensera-t-on et que fera-t-on en effet de ces témoignages dans cent ans ?
Tout va disparaître Vidéo projections de 2 x 10 minutes.
Les micro fictions mises en place ici par Élise Leclercq et les personnes qui y prennent part, interrogent la fin du monde industriel à travers ses résonances intimes. Y sont convoqués les micro expériences et les micro gestes, échappant à l’histoire de la société postindustrielle, où elle prend pourtant corps. De ces rencontres, qui invitent à l’aléatoire de l’échange, naissent des actions improvisées par les personnes dans un lieu traversé de leur présence. Peut-on seulement imaginer toute l’histoire qui se cache derrière un simple geste ? Christine balaye dans une usine désormais vide, où elle répéta cette action pendant de nombreuses années. Ces mêmes lieux d’où elle fut « balayée » selon ses propres termes. L’usine, lieu de l’assourdissement et de l’épuisement, se présente ici à nu, pénétrée de la lumière que lui offrent ses fissures. D’autres fissures se révèlent, celles de la mémoire, alors que les lieux se donnent à voir dans leur devenir-scène. Non pas une scène de théâtre, loin de là, mais la scène du souvenir, où la mémoire reprend vie à travers les gestes qui l’incarnent. Salah repeuple à lui tout seul l’espace de son café par ses déplacements et ses manipulations d’objets. Lui aussi dessine de ses mouvements un parcours physique du lieu retraçant le parcours mental des idées. Les actions sont à la fois littérales et métaphoriques, d’où leur dimension performative. La justesse des gestes nous renvoie à l’ampleur de l’expérience qui les sous-tend, et les airs de musique distillés par le juke-box accompagnent ce sentiment de la réminiscence dans la répétition. Comme dans une chanson dont le dernier refrain se ferait toujours attendre, il y a une méditation du dernier acte dans ces « gestes d’expérience ». Si les usines sont désaffectées, il en va de même pour les gestes qui les habitaient, désaffectés de leur poids économique et de leur valeur marchande. Réinvestis de leur poids politique et de leur valeur esthétique, ces gestes découragent ainsi l’effacement des choses et la disparition du « vécu ». Avec les fermetures d’usines, les délocalisations d’activités et les tentatives de reclassement de la population ouvrière, c’est aussi une culture entière, ses us et coutumes, et en définitive sa mémoire qui sont menacés. Derrière les fantasmes d’une société sans classes et les discours à double sens sur la revalorisation du travail, les traces blessées mais revendiquées de l’expérience professionnelle sur les corps continuent à s’exprimer.

Café de l’Union Vidéo sur moniteur de 4 minutes.
Un homme qui se souvient est un homme qui fait des trajets, y compris dans sa mémoire, trajets de pensée, distance et circulation des images. Nasser, que l’on voit dans cette vidéo, arpente le pourtour d’un terrain vague laissé après la disparition de son café, et porte avec lui une pancarte où est inscrite son enseigne déchue : « Café de l’Union ». Il marche, non pas vers un but, mais comme le ferait un archéologue pour cartographier un site dont il est seul à connaître le secret. Ou encore, comme pour questionner un enclos rituel dont on chercherait à raviver le culte antique. D’où l’importance de l’usage fait ici par Élise Leclercq de la voix-off. Le montage entre une description sonore des éléments du café, qui se recompose mot à mot, et la déambulation à travers ce terrain désormais désert, génère une résonance entre la voix et le corps, entre le parcours topologique et le parcours mental. D’ailleurs, s’il est un lieu qui évoque l’accumulation de récits ou de souvenirs, c’est bien le café de quartier. Toutes les histoires se rencontrent et se racontent au bar qui est en soi un lieu de prise de parole et de témoignage. De l’action concrète réalisée en retraçant le périmètre du café, c’est un anti-monument éphémère qui émerge. En effet, la mémoire ne se bâtit pas nécessairement sur l’érection d’un monument ni d’une masse en commémoration. Elle peut le faire plutôt à partir des lacunes architecturales et des non-lieux de l’histoire. La présence humaine, comme le langage, réactivent un espace à partir du vide qui est laissé. Par ailleurs, marcher en portant une pancarte est un geste chargé de sens dans nos imaginaires sociaux et politiques. Une pancarte fonctionne toujours comme une partition dans l’espace public, obligeant souvent à choisir l’un ou l’autre côté de la frontière dessinée par elle. Ceci étant, ici, point de cortège mais cet homme, seul, déplaçant la pancarte telle une frontière en mouvement entre les marquages invisibles du passé et les blancs qui se re-comblent pas à pas. Afin qu’un trou dans le paysage ne devienne pas un trou de mémoire.

Production : DRAC Nord - Pas de Calais / Le Fresnoy
Textes écrits par Morad Montazami, historien d’art, en collaboration avec Élise Leclercq.

site internet en construction !

Bientôt un site pour quitter ce blog...soon a site to quit this blog...
Webmaster :
http://www.bertrandplanchon.net/

Atelier au samusocial de paris

Réalisées par les personnes ayant participé à l’atelier "image" mis en place par Élise Leclercq entre novembre et décembre 2008 au samusocial de Paris.
DU 9 JANVIER AU 2 MARS 2009 ouvert tous les jours de 10 H à 20 H VERNISSAGE LE JEUDI 8 JANVIER À PARTIR DE 17 H
Les photographies présentées ici sont la surface visible d’une approche del'image (photographie et vidéo) menée sous la forme d'un atelier bi-hebdomadaire avec des personnes hébergées au samusocial de Paris, entrenovembre et décembre 2008. Elles ne résument en rien la diversité des regards et des sujets qui ont été abordés par les personnes au cours deces deux mois. Les photographies ont été sélectionnées collectivement pour les directions qu'elles esquissent d’une approche de l’image par les hébergés eux-mêmes. Hall de l’Armée du Salut 60, rue des Frères Flavien 75020 PARIS Métro : Porte des Lilas

Exposition VERSIONS

Commissariat d'exposition : Élise Leclercq et Céline Marique

Entretien direct oral / écrit

Texte écrit par Morad Montazami autour de l'exposition Vous passez, nous on reste, ayant eu lieu du 23 janvier au 1er mars 2008 à la galerie Chatiliez à Tourcoing. Publié dans le numéro 0 de la revue 50° Nord.
(Cliquer sur le texte pour le lire)
Morad Montazami est actuellement doctorant au CEHTA à l'EHESS

Exposition DÉBORDS

Commissariat d'exposition : Élise Leclercq et Pauline Fouché