DES LIEUX ET DES HOMMES - OORDEN EN MENSEN




Les lieux destinés aux soins psychiatriques sont peu connus et souvent uniquement perçus comme des lieux d’enfermement. Cette méconnaissance entraîne une vision stéréotypée et datée, loin de la réalité quotidienne et contemporaine de ces espaces de soin et des personnes qui y travaillent.

Dans le cadre du projet DES LIEUX ET DES HOMMES, nous avons appréhendé plusieurs lieux de soins psychiatriques situés en région Flandres en nous intéressant aux relations entre les présences et l'architecture. Ce projet photographique et vidéo, tente de mettre en lumière les rapports que ces espaces rendent possible entre intérieur et extérieur au quotidien.

Les photographies, réalisées par Margaret Dearing, témoignent des espaces architecturaux et suggèrent leur usage par les traces qui y sont laissées. Les vidéos, réalisées par Élise Leclercq, témoignent des présences et des gestes qui habitent ces espaces par des portraits filmés des salariés et des patients.


Margaret Dearing et Élise Leclercq

ART et TERRITOIRES


TOUT VA DISPARAÎTRE (2x11')


CAFÉ DE L'UNION (4')


2108
Installation sonore de 20 minutes spatialisée sur dix enceintes. Mixage son : Blandine Tourneux

2108 n’est pas seulement une date, à l’aube de laquelle les habitants de la Zone de l’Union imagineraient leurs projections « futuristes ». Imagination et futur restent ici pourtant de mise. De la robotisation du quotidien, la saturation ou la clôture de l’espace urbain, et même jusqu’à l’extinction de l’espèce humaine, certains scénarios envisagent le pire, comme pour en exorciser la menace. Pour d’autres, la civilisation de l’excès laisse place à la civilisation du progrès, où la technologie veut bien se mettre au service du plus grand nombre et de son bien-être. Dans tous les cas, l’imagination n’est jamais un simple égarement hasardeux dans les limbes de l’esprit, c’est une action de l’esprit sur le langage pour donner figure à l’inconnu. Le futur, lui, n’est pas le temps indicible des présages et des anticipations. C’est le déplacement du témoignage dans une lutte contre l’amnésie et la transformation du présent en préhistoire : il ne s’agit pas seulement de comment ce sera mais aussi de quoi serons-nous en mesure de nous souvenir ? L’histoire dominante, avec ses ruptures et ses rouages logiques, est ébranlée par le retournement d’un temps à l’intérieur d’un autre ; ébranlée par le pouvoir utopique du mot qui ouvre un ailleurs au langage pourtant en prise totale avec le réel. Dans l’installation sonore présentée ici, la parole nous est donnée à recomposer dans la déambulation. Elle traverse les couloirs de ses propres modulations, ses non-dits, ses redoublements, les signes d’hésitation, d’entrain, etc. Les voix qui s’échappent in situ de ces corps absents rythment notre propre corps qui se déplace, avec eux, dans l’espace. 2108 est donc d’abord ce lieu d’inscription de chaque parole, pensé par l’artiste dans le continuum des supports qui peut en découler, depuis le dictaphone jusqu’à l’espace de conservation ou d’« exposition ». Chaque banc de l’installation sur lequel on prend place symbolise une escale possible dans cette mémoire en mouvement. Car la parole ne se conserve pas réellement, elle s’archive et se réactive, avec une résonance toujours nouvelle. C’est de sa potentielle persistance et pertinence dans le temps que nous parle Élise Leclercq. 2108 dépasse finalement son horizon fictif, en définissant l’archive par sa destination future – que pensera-t-on et que fera-t-on en effet de ces témoignages dans cent ans ?


Tout va disparaître Vidéo projections de 2 x 10 minutes.

Les micro fictions mises en place ici par Élise Leclercq et les personnes qui y prennent part, interrogent la fin du monde industriel à travers ses résonances intimes. Y sont convoqués les micro expériences et les micro gestes, échappant à l’histoire de la société postindustrielle, où elle prend pourtant corps. De ces rencontres, qui invitent à l’aléatoire de l’échange, naissent des actions improvisées par les personnes dans un lieu traversé de leur présence. Peut-on seulement imaginer toute l’histoire qui se cache derrière un simple geste ? Christine balaye dans une usine désormais vide, où elle répéta cette action pendant de nombreuses années. Ces mêmes lieux d’où elle fut « balayée » selon ses propres termes. L’usine, lieu de l’assourdissement et de l’épuisement, se présente ici à nu, pénétrée de la lumière que lui offrent ses fissures. D’autres fissures se révèlent, celles de la mémoire, alors que les lieux se donnent à voir dans leur devenir-scène. Non pas une scène de théâtre, loin de là, mais la scène du souvenir, où la mémoire reprend vie à travers les gestes qui l’incarnent. Salah repeuple à lui tout seul l’espace de son café par ses déplacements et ses manipulations d’objets. Lui aussi dessine de ses mouvements un parcours physique du lieu retraçant le parcours mental des idées. Les actions sont à la fois littérales et métaphoriques, d’où leur dimension performative. La justesse des gestes nous renvoie à l’ampleur de l’expérience qui les sous-tend, et les airs de musique distillés par le juke-box accompagnent ce sentiment de la réminiscence dans la répétition. Comme dans une chanson dont le dernier refrain se ferait toujours attendre, il y a une méditation du dernier acte dans ces « gestes d’expérience ». Si les usines sont désaffectées, il en va de même pour les gestes qui les habitaient, désaffectés de leur poids économique et de leur valeur marchande. Réinvestis de leur poids politique et de leur valeur esthétique, ces gestes découragent ainsi l’effacement des choses et la disparition du « vécu ». Avec les fermetures d’usines, les délocalisations d’activités et les tentatives de reclassement de la population ouvrière, c’est aussi une culture entière, ses us et coutumes, et en définitive sa mémoire qui sont menacés. Derrière les fantasmes d’une société sans classes et les discours à double sens sur la revalorisation du travail, les traces blessées mais revendiquées de l’expérience professionnelle sur les corps continuent à s’exprimer.


Café de l’Union Vidéo sur moniteur de 4 minutes.

Un homme qui se souvient est un homme qui fait des trajets, y compris dans sa mémoire, trajets de pensée, distance et circulation des images. Nasser, que l’on voit dans cette vidéo, arpente le pourtour d’un terrain vague laissé après la disparition de son café, et porte avec lui une pancarte où est inscrite son enseigne déchue : « Café de l’Union ». Il marche, non pas vers un but, mais comme le ferait un archéologue pour cartographier un site dont il est seul à connaître le secret. Ou encore, comme pour questionner un enclos rituel dont on chercherait à raviver le culte antique. D’où l’importance de l’usage fait ici par Élise Leclercq de la voix-off. Le montage entre une description sonore des éléments du café, qui se recompose mot à mot, et la déambulation à travers ce terrain désormais désert, génère une résonance entre la voix et le corps, entre le parcours topologique et le parcours mental. D’ailleurs, s’il est un lieu qui évoque l’accumulation de récits ou de souvenirs, c’est bien le café de quartier. Toutes les histoires se rencontrent et se racontent au bar qui est en soi un lieu de prise de parole et de témoignage. De l’action concrète réalisée en retraçant le périmètre du café, c’est un anti-monument éphémère qui émerge. En effet, la mémoire ne se bâtit pas nécessairement sur l’érection d’un monument ni d’une masse en commémoration. Elle peut le faire plutôt à partir des lacunes architecturales et des non-lieux de l’histoire. La présence humaine, comme le langage, réactivent un espace à partir du vide qui est laissé. Par ailleurs, marcher en portant une pancarte est un geste chargé de sens dans nos imaginaires sociaux et politiques. Une pancarte fonctionne toujours comme une partition dans l’espace public, obligeant souvent à choisir l’un ou l’autre côté de la frontière dessinée par elle. Ceci étant, ici, point de cortège mais cet homme, seul, déplaçant la pancarte telle une frontière en mouvement entre les marquages invisibles du passé et les blancs qui se re-comblent pas à pas. Afin qu’un trou dans le paysage ne devienne pas un trou de mémoire.


Production : DRAC Nord - Pas de Calais / Le Fresnoy

Textes écrits par Morad Montazami, historien d’art, en collaboration avec Élise Leclercq.


émission de radio



site internet en construction !



Bientôt un site pour quitter ce blog...soon a site to quit this blog...


Atelier au samusocial de paris



Réalisées par les personnes ayant participé à l’atelier "image" mis en place par Élise Leclercq entre novembre et décembre 2008 au samusocial de Paris.
DU 9 JANVIER AU 2 MARS 2009 ouvert tous les jours de 10 H à 20 H VERNISSAGE LE JEUDI 8 JANVIER À PARTIR DE 17 H
Les photographies présentées ici sont la surface visible d’une approche del'image (photographie et vidéo) menée sous la forme d'un atelier bi-hebdomadaire avec des personnes hébergées au samusocial de Paris, entrenovembre et décembre 2008. Elles ne résument en rien la diversité des regards et des sujets qui ont été abordés par les personnes au cours deces deux mois. Les photographies ont été sélectionnées collectivement pour les directions qu'elles esquissent d’une approche de l’image par les hébergés eux-mêmes. Hall de l’Armée du Salut 60, rue des Frères Flavien 75020 PARIS Métro : Porte des Lilas

Exposition VERSIONS

Commissariat d'exposition : Céline Marique et Élise Leclercq

Entretien direct oral / écrit



Texte écrit par Morad Montazami autour de l'exposition Vous passez, nous on reste, ayant eu lieu du 23 janvier au 1er mars 2008 à la galerie Chatiliez à Tourcoing. Publié dans le numéro 0 de la revue 50° Nord.
(Cliquer sur le texte pour le lire)
Morad Montazami est actuellement doctorant au CEHTA à l'EHESS

Exposition DÉBORDS

Commissariat d'exposition : Pauline Fouché et Élise Leclercq

Intrusion



Exposition "Vous passez, nous on reste"



Exposition à la galerie + hors les murs

Selectionnée sur appel à projet national, en immersion dans la quartier de la Bourgogne pendant deux mois (février-mars 2007), Elise Leclercq a rencontré les habitants autour des représentations qu’ils se font de leurs espaces de vie et de leur envie d’intervention physique et imaginaire dans ces espaces. Entre fiction et documentaire, un autre regard sur le territoire, loin des faits divers et flashs journalistiques, animé par la motivation de toucher les invisibles hors des relais habituels (associations, institutions). Note d’intentions / "Le quartier de la Bourgogne en pleine région Nord. Il m’a fallu chercher pour trouver l’origine de ce nom. Des habitants se sont-ils déjà posés la question ? Et ces panneaux aux façades des immeubles affichant des noms d’écrivains, de peintres français passés à la postérité comme autant de repères inévitables... Que suggèrent-ils aux gens qui vivent là au quotidien ? Cette résidence s’est articulée sur la base d’un double mouvement : extérieur - intérieur. Tenter notamment de resituer l’espace périphérique au centre des regards, des discours. Tenter d’inscrire les projections intérieures dans l’espace public en échangeant mon rôle d’artiste avec les habitants. Tenter, arpenter, construire au hasard de ce qui surgit, des rencontres. Se laisser submerger aussi parfois en laissant venir, en étant à l’écoute du moindre signe, du moindre évènement. Lors de ces rencontres, j’ai proposé notamment un protocole d’auto mise en scène filmée aux personnes : prétexte à dire, à lire autrement la multiplicité de ces espaces et de leurs interrelations. Un acte symbolique aussi, dont les modalités performatives étaient laissées au choix des intervenants. Il en résulte un nombre important de témoignages et d’interventions filmées. Comment, à partir de cette accumulation de sources, contourner le piège d’une vision apparemment homogène d’un espace et de ses habitants, là où l’hypothèse d’un territoire commun semble préexister au projet de résidence artistique ? Ou, plus insidieux encore, que ce projet artistique instigue ou prenne part à la construction fictive d’une communauté ? Ce quartier, comme n’importe quel autre, est composé d’une infinité de territoires physiques et imaginaires, d’espaces contradictoires, fragmentés, dont il est fort heureusement impossible de faire le tour. Comment restituer la diversité des rencontres et des expériences vécues à travers une exposition présentée dans ce même quartier, sans souscrire à l’effet conclusif d’une représentation ? Donner à voir les chemins qui ont été parcourus, sans simuler un aboutissement implicite dans la forme exposition. Partager un processus de recherche qui trouve sa dynamique dans son inachèvement...à suivre." Elise Leclercq.

2008

KasaK n°1 / Notation du réel

Mise en ligne du premier numéro de KazaK, fanzine à imprimer chez soi, qui inaugure les activités des éditions de Corner ! Seront invités à écrire dans chaque numéro de KazaK 5 créateurs de formes explorant différents médiums auxquels il est demandé, dans chaque numéro, de réfléchir sur une thématique commune directement en prise avec la réflexion menée au sein de leur travail. Pour télécharger KazaK : http://corner.as.corner.free.fr/kazak.html Le premier numéro aborde la question de la notation du réel. Y ont répondu Caroline Masini (arts vivants), Marion Fourniguet (peinture) et nous-mêmes, Emilie Perotto (éditorial), Anne Kawala (écriture) et Sarah Tritz (sculpture). Le second est prévu pour le 5 janvier et interrogera l'imprécision…

V A S T E

PETITE HALLE
di 07.10 - 20.00
ma 09.10 - 21.00
me 10.10 - 21.00
© Idioms Films
€ 5
27.09-10.10
Arts de la scène
v a s t e
Julien Bruneau, Mohanad Yaqubi & Idioms Film (B / Palestine) / TEMPS D'IMAGES
CHANTIER DANSE & PHOTOGRAPHIE Mohanad et Julien partagent la scène, face à un public. Tous deux ont 27 ans. Ils sont artistes. Le premier est photographe et réalisateur. Le second danseur-chorégraphe. Mohanad est Palestinien et vit à Ramallah. Julien est Belge, installé à Bruxelles. La pièce s’ouvre sur leur « autoportrait » respectif. Par l’image, la danse et la parole apparaissent deux identités qui s’enchevêtrent, qui jouent du pouvoir de « fictionnalité » de la scène. Ce qui nous intéresse ici est de faire jouer à plein régime l’écart insaisissable entre le réel et sa représentation. Autour du duo, d’autres personnes apparaissent sur scène. Se forment alors un quatuor de deux danseurs (Européens) et deux photographes (Palestiniens). L’ « événement » créé par la danse est directement documenté par les photographes. Ceux-ci offrent, avec leurs images, une histoire aux danseurs, une histoire de leur propre danse aussitôt réinterprétée. Mais une histoire subjective transformée par le regard et les choix des photographes. Cette seconde étape prolonge donc la question du réel et de sa représentation, de la multiplicité des opérations impliquées dans un témoignage, de la création d’une mémoire, de son partage et de la possibilité d’en être dépossédé. Chantier Festival TEMPS D’IMAGES 2007 / Dans le cadre de la Saison palestinienne. Avec l’aide du CGRI, de la Maison Folie à Mons, de De Pianofabriek et de Romaeuropa Festival. Conception, performance : Julien Bruneau, Mohanad Yaqubi et Idioms Film Images (photographies, vidéo) : Mohanad Yaqubi, Reem Yaqubi, Yazan Khalili et Sami Saïd Chorégraphie et danse : Julien Bruneau et Anouk Llaurens Dramaturgie, environnement sonore : Elise Leclercq
22 rue Royale Sainte-Marie // B-1030 Bruxelles // Belgique T +32 (0)2 218 21 07 // info@halles.be

À peu près



Ramallah, juillet 2007
"Ici la vie trouve d'autres repères. Nous apprenons la dimension aléatoire du temps. Les rues n'ont pas de nom, les maisons, les immeubles, pas de numéro. Indiquer son chemin à un taxi c'est partager un repère commun dans la ville." Cet "à peu près" quotidien sans inquiétude résonne comme une réponse à l'occupation coloniale israëlienne, ses zones stratégiques, ses checkpoint disséminés un peu partout sur le territoire. La précision de sa haine et l'intrusion lente, psychologique, de la légitimité des espaces qu'elle s'approprie. La complexité du territoire israëlo-arabe est à l'image des rapports de pouvoir et de dépendance qui s'expriment aujourd'hui dans le monde. Un terrain de jeu idéal pour expérimenter les nouvelles stratégies d'invasion néo-coloniales des pays occidentaux.
"Là-bas, un sourire efface la peur. Le voyageur est surpris dans l'enfance de ses visions."

Face à face




Ici la frontière c'est la rue. D’un côté l’immeuble, de l’autre la maison. Ce qui se joue à l’échelle d’un quartier est à l’image du pays dans lequel il s’inscrit. L’immeuble, une porte qui ne ferme plus depuis longtemps, on y démonte les mobylettes, on y vend tout ou presque, bien qu’on n’y rivalisera jamais avec les supermarchés qui ceinturent le quartier. La maison, un homme seul exaspéré. Il a peut-être perdu son travail, ou il en a un mais il n’en peut plus. La peur c’est le drapeau, c’est le nom qu’il donne à sa maison, PETITE FRANCE. Comme pour signifier la disparition du territoire dont il se revendique. Ce qu’il n’a pas vu c’est qu’en face il y a des gosses avec des familles qui comme lui n’en peuvent plus. Des mères en pleurs dépassées, seules. Il voit seulement la conséquence comme problème, il a les faits pour lui. Alors il balaye devant sa porte sans lever les yeux, il croit qu’il a identifié la source du mal, là, de l’autre côté. Encore un six et l’immeuble est une incarnation de l’enfer. L'image d'un continent à éviter à tout prix. Alors, certains laissent traîner, on fait des pourcentages minutieux sur la dégradation lente de la situation. C’est avéré, un poison dans le quotidien maintient la laisse du pouvoir. Il s’agit de trouver l’équilibre fragile entre une vraie confrontation armée et la haine silencieuse qui prospère dans les urnes.